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Le calvaire des parents protecteurs : quand protéger son enfant devient une lutte contre tout un système

  • Photo du rédacteur: Poncelet Gaële
    Poncelet Gaële
  • 17 févr.
  • 4 min de lecture

Dans les affaires d’inceste et de violences sexuelles intrafamiliales, il existe une figure trop souvent oubliée : celle du parent protecteur (souvent la mère) qui, face aux révélations de son enfant, tente de le mettre à l’abri… et qui se retrouve paradoxalement mis en cause. Alors qu’on pourrait penser que protéger un enfant contre un agresseur présumé serait la priorité institutionnelle, la réalité judiciaire et sociale est souvent beaucoup plus complexe — et douloureuse.

C'est l'un des thèmes que j'aborderai avec le directeur de l'association Droits de l'enfance, Verlaine Urbain, dans le prochain épisode de Silence!



Quand dénoncer devient un combat


Dans de nombreux cas, les parents protecteurs qui encouragent ou accompagnent la parole de leur enfant sont confrontés à un double défi : protéger l’enfant des violences et convaincre la société et les institutions d’entendre et de prendre au sérieux leurs alertes.

Dans des milliers de témoignages recueillis, en Belgique comme en France, des mères racontent avoir été accusées d’« instrumentaliser » ou d’« aliéner » leur enfant, (une notion pourtant critiquée et non scientifiquement reconnue) et poursuivies pour non-présentation d’enfant, simplement parce qu’elles refusaient de le remettre à l’autre parent qu’elles accusaient de violences sexuelles.


Un système judiciaire parfois contre-productif


Pour beaucoup de parents protecteurs, le cœur du calvaire tient au fonctionnement de certaines institutions judiciaires. Malgré l’existence d’enquêtes ou d’indices crédibles :

  • l’enfant peut être maintenu auprès du parent soupçonné d’inceste,

  • le parent protecteur peut être accusé de vouloir « séparer » artificiellement l’enfant de l’autre parent,

  • les droits de visite et d’hébergement ne sont pas toujours suspendus dans l’attente d’une décision pénale.

Ce constat a même été relevé par le Conseil des droits de l’Homme aux Nations Unies. Dans un rapport du 19 janvier 2024, les experts dénoncent des situations où, malgré des allégations crédibles d’abus sexuels incestueux, des enfants ont été placés sous la garde de leur parent agresseur présumé — et leurs mères sanctionnées pour avoir tenté de les protéger.

Évoquant cette problématique, Edouard Durand, magistrat français spécialiste de la protection de l'enfance a déclaré : « Si vous allez au commissariat pour dire qu’on vous a volé votre portable, on vous croit ; si vous révélez des violences sexuelles, le risque est grand qu’on vous accuse d’affabuler. » 


L’inversion de la culpabilité : un traumatisme supplémentaire


L’un des mécanismes les plus dévastateurs est l’inversion de la culpabilité : alors que le parent protecteur tente de faire entendre la parole de son enfant, le système — ou parfois l’entourage — peut mettre en doute la véracité des faits, ce qui aggrave le traumatisme de toute la famille.

Cette inversion s’appuie parfois sur des notions controversées comme celle de syndrome d’aliénation parentale, largement critiquée par des professionnels parce qu’elle sert davantage à discréditer la parole du parent protecteur qu’à éclairer les faits réels.


Un combat médiatique et politique


Face à ces dysfonctionnements, des voix se lèvent pour exiger un traitement juridique plus protecteur des enfants et de leurs parents protecteurs. En France, une commission d’enquête parlementaire a été ouverte pour évaluer les causes des classements sans suite des plaintes, la prise en compte de la parole de l’enfant, et pour formuler des recommandations visant à garantir une protection réelle des enfants et une sécurité juridique des parents protecteurs. Une proposition de loi pour appliquer un principe de précaution immédiat doit encore être validée par le Sénat.


En Belgique, les décideurs politique semblent beaucoup plus frileux à se pencher sur ce dossier très peu "election friendly".


Pourtant, de nombreuses associations militent depuis des années contre les pratiques qui exposent davantage les enfants à leurs agresseurs et qui sanctionnent les parents protecteurs, soulignant l’urgence de respecter le « principe de précaution » et l’intérêt supérieur de l’enfant lorsqu’une accusation d’inceste est formulée.


L’impact psychologique et social sur les familles


Au-delà des procédures juridiques, le calvaire des parents protecteurs se mesure aussi sur le plan psychologique. Nombreux sont ceux qui relatent l’épuisement émotionnel et physique d’opposer un combat judiciaire sans fin, l’isolement social, la stigmatisation et l’accusation de vouloir « détruire » une famille et la peur de perdre leurs enfants.

Des associations spécialisées en prise en charge du trauma mettent en lumière le fait que le rôle protecteur des pères et des mères est essentiel à la reconstruction psychologique des enfants victimes, mais que ce rôle est souvent attaqué ou ignoré, ce qui fragilise encore davantage les familles déjà traumatisées.


Changer le regard, changer les règles


Le calvaire des parents protecteurs n’est pas un cas isolé. Il est l’un des symptômes d’un système qui peine à concilier la présomption d’innocence, la protection immédiate des enfants victimes et la reconnaissance du rôle protecteur des familles qui prennent le risque de dénoncer l’inacceptable.


Dans le prochain épisode de Silence!, je recevrai Verlaine Urbain, directeur de l’association Droits de l'enfance. Nous reviendrons sur le travail de son association, mais surtout sur une étude de cas adressée aux Nations Unies :“Quand l’État belge expose des enfants au danger.”

Un document transmis au Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, dans lequel il dénonce, entre autres, le déplacement systématique du soupçon vers la mère.

Dans de nombreux dossiers, explique-t-il, la mère qui signale des violences est décrite comme fusionnelle, suggestive, manipulatrice voire toxique.

Autrement dit, le danger présumé pour l’enfant ne viendrait plus de l’auteur des violences, mais du parent qui tente de le protéger. Ce renversement interroge profondément notre conception de l’intérêt supérieur de l’enfant.


Rendez-vous demain pour ce nouvel épisode.


Et si vous pensez que ces questions méritent d’être posées publiquement, vous pouvez soutenir Silence!.Ce travail documentaire est totalement indépendant — il n’existe que grâce à votre engagement.



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