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Comment parler d'inceste - et agir?

  • Photo du rédacteur: Poncelet Gaële
    Poncelet Gaële
  • 16 févr.
  • 4 min de lecture

Aborder le sujet de l’inceste n’est jamais confortable. Ne pas l’aborder l’est encore moins.

L’inceste ne concerne pas des cas isolés. Il traverse toutes les catégories sociales, tous les milieux, toutes les cultures. Il s’inscrit souvent dans des dynamiques de pouvoir, de secret et de loyauté familiale qui rendent la parole extrêmement difficile.

Parler d’inceste, c’est donc marcher sur une ligne étroite : entre prudence et silence, entre lucidité et sidération.

Ce billet propose des repères concrets pour comprendre, dialoguer… et orienter.


Comprendre de quoi on parle


L’inceste est une violence sexuelle commise au sein de la famille ou par une personne exerçant une autorité ou une proximité familiale.

Il ne s’agit pas d’un “dérapage” ni d’un malentendu. Il s’agit d’une transgression profonde du lien de confiance et de protection.

Les conséquences peuvent être lourdes :

  • troubles anxieux ou dépressifs

  • état de stress post-traumatique

  • difficultés relationnelles

  • troubles somatiques

  • sentiment de honte ou de culpabilité

Mais chaque trajectoire est singulière. Certaines victimes parlent tôt. D’autres mettent des années. Certaines ne parleront jamais.


Vue rapprochée d'un dossier médical posé sur une table en bois
Toutes les 3 minutes, un enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle en France - UNICEF

Faut-il parler d'inceste avec les enfants?


C’est une question que beaucoup de parents se posent : faut-il aborder le sujet ? Et comment ?

La prévention ne consiste pas à effrayer l’enfant. Elle consiste à lui donner des repères simples :

  • Ton corps t’appartient.

  • Personne n’a le droit de te demander un secret qui te met mal à l’aise.

  • Tu peux toujours en parler à un adulte de confiance.


Livres pour ouvrir le dialogue


Plusieurs ouvrages adaptés aux enfants permettent d’introduire ces notions sans brutalité :

  • « Kiko et la main » (Conseil de l’Europe) Un petit livre illustré qui explique la règle : “On ne touche pas ici”.

  • « Mon corps m’appartient » (Isabelle Filliozat) Accessible dès le plus jeune âge, il pose des mots simples sur l’intimité et le respect.

  • « Le loup » (Mai Lan Chapiron) Un conte métaphorique très utile pour parler des prédateurs et des signaux d’alerte.

  • « Le secret de Soro » (Charline Le Maguet) Cet album encourage les enfants à s’exprimer sans peur et libère la parole sur un sujet si difficile.

Pour les parents

  • « Protéger son enfant des violences sexuelles » (Joanna Smith) Ce livre propose une remise en question des idées reçues, grâce à des conseils et des mises en situation concrètes pour aborder délicatement ces sujets.


Ces outils ne remplacent pas la vigilance adulte. Mais ils permettent à l’enfant de ne pas être totalement démuni.


Que faire face à un enfant qui révèle?


Il est difficile de savoir comment réagir face à des révélations de violences sexuelles. La confidence est souvent violente, inimaginable, sidérante. Le premier réflexe pourrait être de refuser d'accepter cette réalité et de minimiser les faits.


L’écoute est pourtant essentielle, le récit peut être difficile à livrer comme à entendre. Il est important de garder ces quelques conseils en tête:

  • Ne pas interrompre

  • Ne pas questionner de manière intrusive

  • Ne pas promettre le secret

  • Dire clairement : “Tu n’as rien fait de mal.”


La réaction de l’adulte peut conditionner la suite.Un doute exprimé trop vite peut refermer la parole pour longtemps. Voici quelques phrases très simples pour accueillir la parole de l’enfant qui révèle des violences sexuelles :

  • Je te crois

  • Tu as bien fait de m’en parler

  • Ce n’est pas toi le/la coupable, c’est lui

  • La loi l’interdit/c’est un crime

  • Je peux t’aider à aller mieux


Vue en plongée d'une salle de réunion avec des documents et un ordinateur portable
Seulement 5 % des pères et 6 % des mères vont porter plainte une fois la parole révélée (Enquête parents complices, parents protecteurs, FAI 2023)

Où trouver de l'aide (en Belgique)?


Il est essentiel de rappeler que des services spécialisés existent pour accompagner et conseiller les enfants victimes et leur famille.

Numéros d’écoute

  • SOS Enfants – 103Service gratuit, anonyme, destiné aux enfants et adolescents.

  • Écoute Enfants – 103 (Fédération Wallonie-Bruxelles)

  • Child Focus – 116 000 En cas de disparition ou d’exploitation sexuelle.

  • Violences sexuelles – 0800 98 100 Ligne d’écoute gratuite pour toute victime.


Centres spécialisés

Aide juridique

Les démarches peuvent sembler lourdes. Se faire accompagner est essentiel.


Encourager un engagement collectif et durable


Il est fondamental de souligner que la lutte contre l'inceste ne peut reposer uniquement sur les victimes ou les professionnels isolés. Elle nécessite un engagement collectif, impliquant :


  • Les décideurs politiques : pour adopter des lois protectrices et financer les structures d'aide.

  • Les institutions éducatives : pour intégrer la prévention dans les programmes scolaires.

  • Les médias : pour traiter le sujet avec rigueur et sensibilité, sans sensationnalisme.

  • La société civile : associations, groupes de soutien, citoyens, pour soutenir les victimes et promouvoir le changement.


Cet engagement global est la clé pour transformer durablement la prise en charge et la prévention des violences sexuelles intrafamiliales.



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