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Inceste : un collectif remet un rapport d'alerte à la ministre de la Justice

  • Photo du rédacteur: Poncelet Gaële
    Poncelet Gaële
  • 29 mai
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Près de 50 pages d'analyse, des dizaines de dossiers étudiés, des centaines de références juridiques et scientifiques. Le 21 mai 2026, le Collectif des parents protecteurs de Belgique a transmis à la ministre de la Justice un rapport d'alerte consacré aux réponses institutionnelles apportées aux révélations d'inceste.




L'objectif n'est pas de revenir sur des situations individuelles. Il est d'identifier des mécanismes récurrents observés dans différents dossiers et de les confronter aux connaissances scientifiques actuelles, aux textes juridiques nationaux et internationaux ainsi qu'aux recommandations des instances européennes et internationales.


Une question simple : que se passe-t-il après la révélation ?


Depuis plusieurs années, la société semble progresser dans sa capacité à entendre la parole des victimes. L'inceste n'est plus le sujet totalement tabou qu'il était autrefois. Les campagnes de sensibilisation se multiplient, les témoignages émergent et les chiffres sont désormais connus.

Pourtant, une question demeure largement absente du débat public : que se passe-t-il lorsqu'un enfant parle ? Le rapport s'intéresse précisément à cette étape.


Car dans de nombreux dossiers analysés, les difficultés ne commencent pas avant la révélation mais après celle-ci. Prise en compte de la parole de l'enfant, expertises psychologiques, accès aux soins spécialisés, maintien du lien avec le parent dénoncé, recours à l'hypothèse d'instrumentalisation parentale, placements, sanctions visant les parents protecteurs : autant de sujets qui alimentent les interrogations du collectif.


Des mécanismes récurrents


Le rapport ne prétend pas que toutes les situations se ressemblent.

Il met néanmoins en évidence plusieurs mécanismes qui réapparaissent régulièrement dans les dossiers étudiés.

Parmi eux :

  • la fragmentation des interventions entre différentes juridictions et institutions ;

  • la difficulté d'obtenir une prise en charge thérapeutique rapide pour les enfants ;

  • la tendance à déplacer progressivement l'attention du danger allégué vers le comportement du parent qui signale ;

  • le recours à des concepts controversés comme l'aliénation parentale ;

  • l'impact parfois déterminant d'expertises dont les méthodes ou les conclusions soulèvent des interrogations ;

  • les conséquences humaines, psychologiques et financières pour les familles.

Le rapport s'interroge également sur la place réellement accordée au principe de précaution lorsque subsistent des inquiétudes sérieuses concernant la sécurité d'un enfant.


Une Belgique en retard ?


L'un des constats les plus marquants du document concerne l'écart croissant entre la Belgique et certains pays ayant engagé des réformes importantes.


En France, la CIIVISE a permis de mettre en lumière les difficultés rencontrées par les victimes d'inceste et formulé des dizaines de recommandations. Une commission d'enquête parlementaire est actuellement en cours sur les modalités de prise en charge des violences sexuelles faites aux enfants.


L'Espagne a, de son côté, profondément renforcé ses mécanismes de protection de l'enfance, notamment à travers la loi organique de protection intégrale de l'enfance et de l'adolescence contre la violence (LOPIVI).


Le Canada développe depuis plusieurs années des outils spécifiques pour intégrer les violences familiales et le contrôle coercitif dans l'évaluation des situations impliquant des enfants.

Pendant ce temps, estime le collectif, la Belgique continue trop souvent à considérer ces situations comme une succession de dossiers individuels plutôt que comme une problématique structurelle nécessitant une réflexion nationale.


Un appel à l'action


Au-delà du constat, le rapport formule plusieurs propositions de réforme.

Parmi elles figurent notamment la création d'une commission d'enquête sur le traitement judiciaire de l'inceste, le renforcement des mécanismes de protection immédiate des enfants, une meilleure spécialisation des intervenants, un contrôle indépendant des décisions prises concernant les enfants ainsi qu'une amélioration de l'accès aux soins spécialisés après révélation.


Le collectif a sollicité une rencontre avec la ministre de la Justice afin de présenter ses constats et ses propositions.


Une question traverse l'ensemble du document :

un système peut-il prétendre placer l'intérêt supérieur de l'enfant au centre lorsque des inquiétudes sérieuses persistent et que la protection tarde à se mettre en place ?


C'est désormais à la sphère politique de s'en saisir.


Téléchargez le rapport:



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